Revue de presse - Ecrit par admin le Jeudi 15 mai 2008 13:08 - 1 Commentaire

Limogeage de l’ancien PDG d’Algérie Telecom

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Des dérapages incontrôlés

El Watan, 15 mai 2008

Si les accusations de l’ancien PDG d’Algérie Telecom portées à l’encontre du ministre de la Communication et des technologies de l’information M. Boudjemâa Haïchour selon lesquelles son limogeage est bel et bien motivé par le fait qu’il a refusé d’exécuter un ordre du ministre le sommant d’honorer des factures qu’il a jugées « douteuses » se confirment, M. Mouloud Djaziri n’aura fait que dire tout haut ce que tous nos gestionnaires pensent tout bas.

A savoir que l’autonomie de l’entreprise publique algérienne est un mythe et que les gestionnaires sont tenus de partager leur pouvoir de décision que leur confère la loi en matière de gestion avec leur hiérarchie, voire avec des cercles décisionnels tapis au cœur même du pouvoir. Les démentis apportés, d’abord par le ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication arguant que le changement intervenu à la tête d’Algérie Telecom est une décision souveraine du conseil d’administration, ensuite par une source anonyme de la présidence de la République citée par El Watan qui a nié que la présidence ait exigé la tête de M. Djaziri comme l’avait affirmé ce dernier reprenant les confidences que lui aurait faites M. Haïchour pour justifier son remplacement, n’ont pas rétabli la vérité sur cette scandaleuse affaire qui aurait provoqué ailleurs une grave crise au sommet de l’Etat. La confirmation hier dans les colonnes d’El Watan de ses déclarations par l’ancien PDG d’Algérie Telecom donne à cette affaire des contours d’un scandale politico-économique qui éclabousse les institutions de l’Etat. L’engagement pris hier par le ministre de la Communication M. Boukerzaza selon lequel l’IGF (Inspection générale des finances) sera saisie par les voies légales dans cette affaire et fera son travail pour situer les responsabilités n’aura pas, pour autant, dissipé les nuages épais et sombres qui se sont formés autour de cette polémique. Car on sait que les missions de l’IGF s’arrêtent à l’examen physique des comptes des entreprises et organismes publics mais n’a pas vocation à enquêter sur des interférences et des pressions venues d’ailleurs, de la tutelle ou de plus haut que pourraient subir les gestionnaires dans l’accomplissement de leur mission. Les factures que M. Djaziri dit avoir refusé de payer sont faciles à retrouver si elles existent. Si, bien entendu, il existe réellement une volonté en haut lieu de faire la lumière sur cette affaire qui jette un grave discrédit sur l’Etat et ses institutions, à commencer par la présidence de la République. En tout état de cause, même si l’IGF venait à confirmer l’existence de factures impayées datant de 2004 on ne saura sans doute jamais si M. Haïchour Boudjemâa a agi sur décision du conseil d’administration pour relever M. Djaziri comme il le proclame ou sur injonction de la présidence de la République comme l’aurait souligné sur le ton de la confidence qui aurait mal tourné le ministre à l’ancien PDG d’Algérie Telecom ; déclarations que M. Haïchour a formellement niées. Car le nœud du problème est là. Il y a d’un côté un problème de gestion des deniers de l’Etat qui doit être réglé dans le cadre qui est le sien. Et là il faudrait savoir si les factures objet de polémique n’ont pas été seulement honorées — ce qui n’est ni un scandale ni une nouveauté quand on connaît l’acuité du problème de recouvrement des créances impayées dont souffrent toutes les entreprises nationales, publiques et privées — ou bien, plus grave, s’il s’agit de factures « douteuses » comme le martèle M. Djaziri. Dans ce dernier cas de figure il s’agira de s’interroger pourquoi on a laissé faire, on a couvert la forfaiture ou ce qui ne diminue en rien la responsabilité des structures chargées du contrôle de la gestion des deniers publics si c’est une erreur par omission, négligence, incompétence… A ce problème lié à la sphère économique et de gestion proprement dite que soulève ce dossier se greffe une dimension politique qui ne manquera pas de peser lourdement dans la gestion de cette affaire qui dépasse, par les proportions qu’elle a prises, le cadre de l’entreprise pour devenir une affaire politique.

Omar Berbiche


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