Actualités - Ecrit par admin le Dimanche 11 mai 2008 0:05 - 0 Commentaire
Ce que nous perdons en partant
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par Akram Belkaïd
J’aimerais profiter de cette colonne qui m’est offerte pour vous parler d’un thème obsédant. Pourquoi quitte-t-on sa terre ? Qu’est-ce qui pousse un homme à s’éloigner du berceau des siens, de ses racines ? La question est vaste, les réponses ne sont pas simples.J’ai lu un jour qu’il y avait une explication distincte, unique, pour chaque individu ayant pris la route. Des millions de départs, des millions de raisons qu’il serait vain de chercher à compiler. On en connaît les points communs les plus fréquentes ou, du moins, les plus habituels. La nécessité de sauver sa vie, la quête de la liberté, l’urgence de survivre ou de nourrir, à distance, sa famille.
Bien sûr, il y a d’autres motifs, que quelqu’un de moins concerné, de plus sédentaire, pourrait juger banals ou bien moins glorieux. L’envie de gagner plus, l’attirance pour ce qui est plus brillant pour ne pas dire plus clinquant. La volonté de fuir le corset d’une société devenue trop étouffante ou trop exigeante. Mais dans tous les cas, le geste n’a rien d’anodin et ses implications sont souvent bien plus grandes qu’on ne se l’imaginait avant le départ.
En ce moment en France, on parle beaucoup des clandestins, ces personnes qui essaient de passer à travers les mailles des multiples filets tendus par un système de plus en plus répressif. Ceux qui les traquent, ou plutôt leurs chefs, c’est-à-dire ceux qui mettent en musique cette ignoble chasse à l’homme, se posent-ils, ne serait-ce qu’un instant, la question de savoir pourquoi leurs cibles, ou leurs objectifs, car tel sont parfois les termes utilisés, ont fait le choix du déracinement ? Ont-ils une idée de ce à quoi ils ont renoncé ? Rien n’est moins sûr.
Prenez ces salariés sans papiers qui font actuellement grève pour obtenir une régularisation. On pourrait penser que leur situation est meilleure que celle du clandestin classique qui, lui, travaille au noir, dans la précarité la plus absolue et risque à tout moment de se faire prendre. Le salarié sans papier n’a-t-il pas une fiche de paie, ne travaille-t-il pas au grand jour même si cela se fait grâce au recours à de faux papiers ? Faux visa d’étudiant, fausse carte de séjour, fausse carte d’identité française,…
En réalité, la vie de ces personnes est aussi pénible que celles des clandestins. Eux aussi vivent dans la hantise d’être démasqués à la faveur d’un simple contrôle administratif. Inscrire leur enfant à l’école, se présenter au guichet de la sécurité sociale, répondre à une convocation du Trésor, sont autant d’actes périlleux qui engendrent la peur et l’angoisse.
Et, surtout, il y a le fait qu’eux aussi sont prisonniers à l’intérieur de la cage dans laquelle ils font tout pour demeurer. En entrant dans l’illégalité, et cela quelle que soit la raison – fin de visa, non renouvellement d’un titre de séjour – ils ont brûlé leurs vaisseaux et se sont interdits toute possibilité de retour dans leur pays d’origine sauf à quitter définitivement la France.
L’opinion publique, les syndicats et les médias semblent découvrir l’existence des sans-papiers salariés notamment ceux qui travaillent dans la construction ou dans les cuisines des restaurants même les plus prestigieux. Mais il n’y a pas que ceux-là. Il faudrait se lever tôt le matin, et aller faire un tour du côté de l’une des ces grandes tours du quartier de la Défense où, à l’heure du premier métro, hommes et femmes de peine nettoient les bureaux. Combien d’entre eux ne prennent jamais de vacances ? Non pas parce qu’on les y oblige – quoique – mais parce qu’ils n’ont nulle part où aller et que leur objectif est de continuer d’envoyer de l’argent « là-bas ».
Ce « là-bas » où, ils le savent, à moins d’un miracle ou d’une régularisation – ce qui est souvent la même chose – ils ne peuvent plus remettre les pieds. Ce « là-bas » qui leur est interdit parce qu’y revenir, c’est mettre en danger la survie des leurs. Oui, dans les tours de la Défense, il y a ceux qui ne prennent jamais de vacances parce qu’ils ont peur que l’on découvre leurs opérations financières litigieuses et d’autres parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Evoquons les « harraga » que la Méditerranée et la Guardia Civil n’ont pas empêchés d’arriver en France. Combien sont-ils à trimer dans l’anonymat le plus total ? Et qui sait qu’ils trouvent mille et un moyens pour envoyer quelques maigres argents à leurs familles ? Pour eux aussi, le retour au pays, même temporaire, est impossible. A moins qu’il ne soit forcé…
Parlons des autres, de ces « nés dans le 99 », c’est-à-dire ailleurs, qui vivent en France dans une situation des plus régulières et qui souvent, en réfléchissant à leur périple, se trouvent confortés dans leur choix par la normalité qui les entoure. N’est-ce pas cela qu’ils recherchaient ? Vivre normalement, travailler, payer des impôts et – combien de fois l’ai-je écrit et expliqué – faire son petit bonhomme de chemin sans avoir nécessairement besoin de piston ou de passe-droit.
Leur situation est mille fois meilleure que celle des sans-papiers, qu’ils soient salariés ou non. Ils connaissent leur chance et, parce qu’au moins une fois ils ont senti le vent du boulet à la préfecture, ils mettent très longtemps à oublier qu’au départ, rien ne leur était acquis et que les choses auraient pu très mal tourner pour eux. Les voici donc vivant dans la normalité et il arrive parfois qu’elle s’impose soudain à eux comme une contrainte. Qu’est-ce que vivre normalement loin de sa terre natale si ce n’est vivre avec d’autres fers aux pieds même s’ils sont souvent invisibles et plus ou moins indolores ? Et pour se rendre compte de leur morsure, il faut que survienne dans leur pays natal l’un de ces événements qui font la vie. Un mariage, un enterrement, une catastrophe naturelle. Bien sûr, ils pourraient s’échapper, le temps d’un aller-retour au bled, car, eux au moins, en ont le droit. Mais la normalité est une gardienne intransigeante. Elle oblige à rester dans le flux et à ne jamais cesser de courir.
Quelqu’un m’a dit un jour que tout exil, fût-il volontaire, est une défaite sans appel. Je ne suis pas d’accord avec ce jugement lapidaire. Le harrag qui vainc la mer est un héros, le migrant qui fait son trou a nécessairement engrangé quelques succès de taille pour en arriver là où il est. Mais, il y a des moments où j’admets volontiers que ces victoires ne se font pas sans gâchis et fêlures.
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30 juin 2009 12:55 - 23 Commentaires
Entretien avec Salah-Eddine Sidhoum, militant des droits de l’homme en Algérie
Algérie Focus
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Pour notre dossier consacré aux intellectuels algériens, nous invitons le Dr Salah-Eddine Sidhoum afin d’en débattre et de faire le point sur la situation. Le Dr Sidhoum est chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie; vous pouvez bien sur poser vos questions et faire vos commentaires en bas de cette même page. Nous remercions infiniment notre invité pour sa disponibilité et invitons nos lecteurs à garder les interventions à la hauteur d’un débat que nous souhaitons constructif et serein.
1. Que signifie pour vous le mot » intellectuel» , et plus particulièrement comment définiriez-vous l’intellectuel algérien d’aujourd’hui ? Lire la suite …
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1 juil 2009 11:38 - 16 Commentaires
Dans un témoignage sur Djamila Bouhired : Zohra Drif dénonce le révisionnisme historique

Par : Zohra Drif, Liberté, 1er juillet 2009
Nous sommes à la veille du 5 Juillet, la fête de l’Indépendance et de la Jeunesse. Pourtant, j’ai un goût amer qui n’arrive pas à disparaître. Cauchemar. C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit en ouvrant un hebdomadaire algérien. J’ai mis du temps à réaliser que je ne rêvais pas. En 2009, dans la presse de mon pays, des journalistes ont présenté un article avec un grand titre infamant barrant toute la page : “Djamila Bouhired n’a jamais été torturée”. Lire la suite …
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1 juil 2009 11:43 - 5 Commentaires
Bouteflika décidé à mettre en œuvre le dispositif légal relatif aux fonctions dans l’armée
15 nouveaux généraux dont deux du renseignement et mutations de chefs de région
El Khabar
De sources de haut rang, observent que le président de la République, le chef suprême des armées et ministre de la défense, va promouvoir 15 officiers supérieurs dont 2 du renseignement, au grade de Général, au cours des festivités commémorant, la fête de l’indépendance et de la jeunesse, qui se dérouleront au siège du ministère de la défense nationale. Les mêmes sources prévoient un changement dans, au moins, trois régions militaires, soit sous forme de remplacement ou de mutation. Dans ce cadre, le général Lahbib Chentouf, actuel chef de la première région militaire, pourrait prendre la direction des Forces Armées Terrestres.
Le président de la République aurait signé les différents décrets portant nomination et mutation entre les 6 régions militaires et les diverses forces et unités. Il est attendu que le président de la République prononce un long discours, à cette occasion, Lire la suite …
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