Chronique - Ecrit par admin le Samedi 10 mai 2008 16:16 - 0 Commentaire

L’échec des modérés annonce : le retour de l’islamisme radical

Par Saad Lounès
Le pouvoir continue à avancer un à un les pions de son échiquier politique devant conduire à ficeler l’élection présidentielle de 2009. Comme d’habitude, il ne veut prendre aucun risque en maintenant les statu quo aux sommets. Sidi-Saïd a été reconduit à la tête de l’UGTA, malgré son implication déclarée dans le scandale Khalifa. Soltani va entamer son deuxième mandat à la tête d’un MSP passé corps et âme dans la soumission totale au pouvoir. En parlant de menottes, il ne croit pas si bien dire, mais il n’a pas vraiment compris qui les lui a mises. Quant à Belkhadem, il continue de naviguer à vue en attendant de se mettre au garde-à-vous le moment venu.
Le retour aux avants postes d’Ouyahia préfigure qu’une décision a été prise sur le favori du pouvoir. Trois scénarios de candidatures se précisent dans une sorte de primaire à l’algérienne. Un troisième mandat de Bouteflika nécessitant un douloureux viol de la Constitution qui laissera des traces. Le candidat du DRS Ouyahia, qui ne recueille aucun consensus ni militaire, ni civil, ni politique. Enfin le candidat du consensus militaire Abdelmalek Guenaïzia, nommé en mai 2005 ministre délégué à la Défense nationale. Un poste qui a toujours été considéré comme l’antichambre du futur détenteur du pouvoir présidentiel dans la logique du système. Ce fut le cas avec Boumediene, Chadli, Nezzar, vrai patron du HCE de la transition 92-94, et Zeroual. L’expérience Bouteflika a été l’exception civile qui a confirmé la règle du pouvoir militaire depuis l’indépendance.
Mais le plus inquiétant n’est pas ce qui se passe dans les us et coutumes prévisibles du pouvoir. Un autre échiquier politique est en train de se mettre en place dans la rue qui risque d’aboutir au même scénario de 88-92. D’un côté, on assiste à une montée en intensité du mécontentement populaire à travers les émeutes et une sorte de désintégration sociale. L’ampleur de la délinquance et du phénomène des harraga plante les mauvaises graines d’où germeront de nouveaux terroristes.
D’un autre côté le pouvoir a pris un risque énorme en marginalisant les islamistes modérés. Abdallah Djaballah a été dépossédé de son parti et isolé. Les compagnons de feu Mahfoud Nahnah ont été humiliés et désarmés par l’arrogance de Soltani qui se prévaut d’être un allié inconditionnel du système. Dans ses meetings, il clame fièrement son statut de «cireur de bottes» (naâm, nahnou chiyatine el solta). Il n’est pas étonnant dans ce nouveau contexte qu’on se pose à retardement des questions sur la disparition prématurée de Nahnah, victime d’une leucémie foudroyante. On sait depuis l’affaire de l’opposant russe Litvinenko, empoisonné à Londres, que des cancers et des maladies du sang peuvent être provoquées par l’inhalation de substances radioactives. On peut d’ailleurs se poser les mêmes questions sur certains décès récents par cancer ou «longue maladie» de journalistes ou de militaires.
Le résultat est que l’islamisme modéré, allié conditionnel du pouvoir dans la marginalisation du FIS, a perdu ses leaders et ses structures partisanes. Sa présence dans les institutions est devenue anecdotique. Les démocrates, autres alliés conditionnels du pouvoir dans sa guerre contre le FIS, n’offrent toujours pas d’alternative crédible du fait de leurs divisions stériles et leur incapacité à investir la rue pour prendre la tête de la révolte populaire.
Que personne ne se méprenne. Ce pouvoir est capable de s’allier avec n’importe qui pour conserver ses privilèges et rassurer ses alliés. Avec la loi sur la réconciliation nationale, il a même pris le soin d’effacer les ardoises pour remettre les compteurs à zéro. Est-ce un acte délibéré ou une très grosse bêtise?
Si la rue bascule dans une violence dévastatrice, comme celle d’octobre 88, le pouvoir cherchera dans l’urgence des partenaires capables d’éteindre rapidement les incendies d’une explosion sociale qui risque de menacer les puits de pétrole et la stabilité de la région. Il ne faudra alors pas s’étonner qu’un nouveau tapis rouge soit déroulé sous les pieds de l’islamisme radical.
S. L


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