Actuel *** - Ecrit par admin le Dimanche 7 septembre 2008 22:45 - 1 Commentaire

Pour Mahmoud Darwich

logo-imp.gif

par Akram Belkaïd
.
.
Ils ont dit : il est temps que tu traces tes lignes pour pleurer le Poète. Ignores-tu qu’il sommeille désormais dans le ventre d’une colline de Ramallah ? J’ai répondu, de l’art de l’élégie, je n’ai jamais rien appris. Priez pour la résurrection de Toumâdir, fille d’Amr. Elle, saura dire d’une traite les paroles qui captureront notre peine. Ils ont dit : nous insistons, ton silence n’est pas convenable. J’ai répondu, Ramadan approche. Ils sont nombreux à peupler mes pensées. Ali de Ténès, les anonymes aux ailes brisées des Issers et de Bouira, Isaac de Memphis. Ils ont dit : nous compatissons mais la mort du Poète est un grand malheur qui élargit la blessure purulente de son peuple.

Pour éloigner leur vacarme, j’ai récité : « Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges funèbres. » Puis, j’ai lancé : « Est-ce cela que vous manigancez ? Que je profite de son absence pour trahir le Poète ? » Ils ont souri et se sont exclamés : « voilà un bien bel emprunt. C’est un bon début. Continue ! » Comme je ne pouvais fuir, je suis allé aux Roses.

Poète, le dernier adieu t’est un jour apparu. Tes yeux ont alors saisis le dernier instant et ton calame a écrit : « Je serai mis dans une rime de bois (…) / On me pardonnera en une heure tous mes péchés, puis les poètes m’insulteront (…) / Mais je ne vois pas encore la tombe. N’ai-je pas droit à une tombe après toute cette peine ? ».

Poète, tu as vu juste. On t’a absout mais déjà, oui déjà, des va-nu-pieds à peine chaussés t’insultent, souillent ta mémoire, moquent ton engagement, nient tes sacrifices. Les uns disent que tu as tenu, jadis, des propos interdits. Les autres pensent te célébrer en affirmant que tu avais fini par oublier le chemin des luttes. N’aie crainte, poète, ceux-là ne sont pas des nôtres, ils ne peuvent comprendre.

Poète, tu as eu droit à une tombe mais était-ce celle que tu espérais ? Ils ont rasé Al-Birwah et même mort, ils ont continué à t’interdire la Galilée. C’est toujours ainsi qu’ils se grandissent, pourquoi en serions-nous surpris ? Poète, ils ont banni tes poèmes et on peut les entendre rire et vociférer qu’au bout de la route, c’est bien toi qui es mort n’importe où mais pas chez toi ; n’importe où mais pas chez eux.

Poète, il nous faut relire tes vers : « Nous sommes ce que produit la terre qui ne nous appartient pas / Nous sommes ce que nous produisons dans la terre qui fut nôtre / Nous sommes les traces que nous laissons en exil et en nous / Nous sommes les plantes du pot brisé / Nous sommes ce que nous sommes et qui nous sommes, alors, qu’importe le lieu ? / Nous devons tourner maintenant autour de la planète grosse de ce qui lui ressemble / Et qui le déposera de son haut trône / Pour que nous soyons enterrés n’importe où. »

Poète, ton peuple te pleure. Pour lui, rien ne change, tout empire. Son voyage continue et il s’en ira, répétant, encore et encore : « Sur le chemin, il y aura encore du chemin. Il y a de quoi voyager encore dans le chemin (…) / Et sur le chemin, il y a encore du chemin à parcourir et parcourir. Vers où m’emportent les questions ? / Je suis d’ici et je suis de là-bas, et je ne suis ni ici ni là-bas. Je jetterai tant de roses avant d’atteindre une rose en Galilée. » Poète, tu es parti avant l’arrivée de l’automne. Que t’a dit la vie à ton départ ? T’a-t-elle proposé de revoir ton village ? T’a-t-elle donné quelques nouvelles de l’enfant de Tâlibîya ? Lui as-tu dit que lui aussi nous manque ? Qui donc va vous remplacer ?

Poète, en étais-tu sûr ? La poésie n’a-t-elle vraiment rien gagné ? Qui trouvera les mots pour décrire le mur de béton qui fend le tronc des oliviers ? Qui consolera la vieille qui ploie sous la fournaise et les insultes de brutes venues de Moscovie et de bien au-delà ? Qui écrira la poésie de la pluie, de la boue, de l’attente et du checkpoint ? Poète, en sommes-nous réduits à espérer que les gagnants seront les perdants ? Et qu’un jour, « bonnes dames, braves messieurs, la terre des hommes sera pour tous les hommes » ?

Poète, qui va défendre l’humanité de ton peuple ? Qui fera taire ceux qui affirment que les tiens n’ont ni âme ni mère ? Ils devront être nombreux à clamer : « Je suis de là-bas. Et j’ai des souvenirs. Je suis né comme naissent les gens. J’ai une mère (…) / Je suis de là-bas. Je restitue le ciel à sa mère quand il pleure sa mère. / Et je pleure pour que me reconnaisse le nuage à son retour (…) J’ai appris tout le langage et je l’ai défait pour composer un seul mot : Patrie… » Il leur faudra hurler car, ici et là, sycophantes et imprécateurs veillent, eux qui n’ont de cesse de nier les pleurs de leurs victimes. Le monde que tu quittes n’est pas près de changer, peut-être même va-t-il empirer. Petit à petit, se prépare une autre tragédie que l’on nous obligera à appeler « transfert », « rééquilibrage des populations » ou que sais-je encore… Alors, les tiens soupireront : « Et nous, nous aimons la vie autant que possible / Nous dansons entre deux martyrs (…) / Nous aimons la vie autant que possible / Là où nous résidons, nous semons des plantes luxuriantes et nous récoltons des tués. »

Poète, tu avais raison. « C’est mort qu’ils m’aiment » avais-tu prédit. « C’est mort qu’ils m’aiment afin de pouvoir dire : il était des nôtres, il était nôtre. » Tous ont dit que tu étais des leurs. Les tiens, comme leurs ennemis qui se sont toujours prétendus ennemis de vos ennemis. Tu les connaissais bien poète, ceux qui du Tigre au Jourdain en enjambant l’Oronte et le Barada vous ont enlacés pour mieux vous égorger. « Il étreint son meurtrier pour gagner sa clémence (…) / Frère, ô mon frère ! Qu’ai-je fait pour que tu m’assassines ? (…) / Tu me tueras pour que l’ennemi s’en retourne à sa maison-notre maison et que tu retournes au jeu de la grotte ? »

Mais… Poète. Rien n’est perdu, rien n’est assouvi. Nous irons un jour sur une colline de Galilée et nous la couvrirons d’un lit de roses écarlates.


Article vu 164 fois | Mettez une note à cet article !

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (Pas encore de note...)
Loading ... Loading ...



1 Commentaire

Vous pouvez suivre les messages de ce sujet a travers le flux RSS RSS 2.0 .
Vous pouvez commenter cet article, ou faire un trackback depuis votre site.
Vous pouvez aussi répondre à un commentaire en cliquant sur la flêche près du nom de l'auteur du commentaire.


adminReply to this comment
sept 9, 2008 11:43

09/09/2008 *** INITIATIVE TAHIA BLADI :
LE 05 OCTOBRE A PARTIR DE MINUIT JUSQU’A L’AUBE, NOUS FERONS UN CHAHUT, UN BRUIT ASSOURDISSANT QUI DEVRA GLACER LES OREILLES DES MONSTRES QUI GOUVERNENT L’ALGERIE. AVEC DES CASSEROLES, DES SIFFLETS, DES PILLONS (MAHRAZ), DES KLAXONS, DES YOUYOUS, NOUS FERONS VIBRER LE CIEL D’ALGERIE. LE PEUPLE D’ALGERIE FERA RUGIR SA VOIX COMME QUAND L’ALGERIE ETAIT SOUS LE JOUG OTTOMAN. ET NOUS RECOMMENCERONS A CHAQUE FOIS, JUSQU’A LA VICTOIRE FINALE.
PASSEZ PAROLE ***

Répondre

Commentaire

Sujets les plus populaires




Acheter ce livre


Actuel *
30 nov 2008 13:31 - 6 Commentaires

“Methodes” et coups tordus des services algériens.

Nous avons reçu cette lettre d’une personnne, dont nous nous sommes assurés de l’identité, mais qui veut garder l’anonymat. Elle éclaire, d’un jour nouveau, pour ceux qui ne connaissent pas les méthodes du DRS, la façon avec laquelle les services secrets algériens “expédient” les “Affaires”.

Lettre à la Rédaction

Barcelone, 30 Novembre 2008

Depuis un certain temps, je lis sur vos colonnes tout ce qui a trait à l’affaire Mecili.
Le Gouvernement algérien gagnerait beaucoup en crédibilité s’il se décide à mettre la lumière une fois pour toutes sur cet assassinat d’un homme politique appartenant au Front des Forces Socialistes (FFS) à l’époque des faits.

La version qu’il s’agit là d’un coup tordu des services secrets algériens de l’époque, censés de protéger l’Etat et non de poursuivre les citoyens, est elle vraiment dénuée de toute crédibilité?

Je vous livre ici certains faits qui se sont produit dans les relations entre l’Espagne et l’Algérie, à cette même époque, et qui pourraient jeter quelque lumière sur ces zones d’ombre. Sur les méthodes des services algériens. Lire la suite …

Plus d'articles dans Actuel *


Actuel **
1 déc 2008 17:23 - 1 Commentaire

Nouveaux développements dans l’affaire du diplomate Mohamed Ziane Hasseni : Mohamed Samraoui et Hicham Abboud convoqués comme témoins

Par Noureddine Khelassi, La Tribune, 1 er décembre 2008

L’affaire du diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni serait enfin entrée dans le vif du sujet avec la convocation comme témoins des anciens officiers du DRS algérien, le colonel Mohamed Samraoui et le capitaine Hichem Abboud. Les deux hommes, selon des
sources concordantes, ont été convoqués par le juge Baudoin Thouvenot, en charge du dossier d’enquête, avec obligation de se présenter devant lui à la mi-décembre. En cas d’absence, le magistrat aurait recours à des mandats d’amener à l’encontre de ces deux témoins qui résident respectivement en Allemagne et en France.
Cette information est notamment confirmée par Hichem Abboud sur son site Internet «Agirpourlalgérie.com». Sans citer son propre nom et celui de son ancien compagnon d’armes, l’ex-chef de cabinet du général Mohamed Betchine à la DGPS, devenue DRS en 1990, indique que les deux témoins précités ont été effectivement convoqués, se félicitant, du coup, de participer lui-même à la manifestation de la vérité. Le rétablissement des faits consisterait alors à établir la véritable identité de Mohamed Ziane Hasseni, victime dans l’affaire d’une homonymie partielle qui lui a valu mise en examen, assignation à résidence et mise sous contrôle judiciaire. Lire la suite …

Plus d'articles dans Actuel **


Actuel ***
1 déc 2008 18:09 - 0 Commentaire

Faut-il boycotter les élections présidentielles?

Vidéo de D.Benchenouf


Enregistrement de la Conférence publique-Colloque de Genève sur les perspectives du changement en Algérie.

Une réponse de D.Benchenouf à une personne présente dans la salle, lors de la conférence qui avait suivi le Colloque sur les perspectives de changement en Algérie, qui s’est tenue à Genève. La question posée était: “Pensez vous que la politique de la chaise vide soit opportune?”
D.Benchenouf a bien précisé que sa réponse procédait Lire la suite …

Plus d'articles dans Actuel ***