Tribune libre - Ecrit par admin le Mardi 1 avril 2008 9:41 - 0 Commentaire
L’UMA, Africom et les enjeux de la sécurité nationale
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01 avril 2008
Depuis quelques semaines, l’Algérie subit une série de pressions directes ou indirectes isolées — uniquement — en apparence. Car quel pourrait être le lien entre l’impasse dans le dossier sahraoui et la récente demande marocaine de réouverture des frontières, les manœuvres autour de l’Africom et autour du renforcement de nos moyens aériens de défense, les implications régionales de l’enlèvement en Tunisie de deux touristes autrichiens et le redéploiement du terrorisme à nos frontières sud. Il n’y a rien de fortuit dans tout cela si nous admettons que les relations entre les Etats s’articulent essentiellement autour des intérêts et considérons que les nouvelles menaces contre la paix et la sécurité ont pris des formes qui, tout en rendant incontournable la coopération internationale, ne dispensent pas d’avoir sa propre stratégie.
La démarche marocaine de demande de réouverture des frontières est, il est vrai, inusuelle en termes d’usages diplomatiques mais ne représente pas pour autant un acte isolé ou fortuit. La question qui pourrait se poser est celle de savoir si elle répond à des assurances que le Maroc a pu recevoir des USA ou de la France, à une forte pression socioéconomique interne en raison de la précarité de la situation économique de l’est du Maroc ou encore à la dernière appréciation des relations bilatérales que fait notre Président dans le texte rapporté par l’agence de presse Reuters. Celle-ci a pu être perçue par le palais royal comme un signal. Comment expliquer alors que le Maroc fasse cette demande formelle et rende parallèlement et simultanément l’Algérie responsable de la paralysie de l’UMA et de la persistance du conflit sahraoui. Il est d’autant plus difficile de le comprendre que cela n’a pas suscité une réaction officielle algérienne franche et cohérente. Il faut dire que ces dernières années on a appris — sur le plan diplomatique — à encaisser en adoptant la posture ambiguë d’être pris pour un modéré par les étrangers et pour un mou par son propre peuple. Dans les relations entre Etats, les déclarations d’intention ou de circonstance importent peu, seuls comptent les faits qui les suivent. Le dernier round des négociations de Manhasset n’est alors que le prolongement de beaucoup d’efforts diplomatiques de la communauté internationale, il n’en est pas l’aboutissement ou la finalité et tout le monde y a souscrit pour ne pas risquer d’être en porte-à-faux avec le Conseil de sécurité de l’ONU. A ce titre, la question des négociations bilatérales entre les Marocains et les Sahraouis a très peu évolué, pour ne pas dire régressé, et nous devons tenir compte de la gestion à long terme du statu quo diplomatique. C’est probablement cette situation qui explique en grande partie les nouvelles formes de la stratégie d’affaiblissement de l’Algérie qui devient une sorte d’ennemi intime qu’il faut mettre sous tension permanente. C’est également dans cette conjoncture que le Maroc poursuit son effort d’armement — certainement pas pour s’engager dans le Sahara — car ce n’est pas tant l’armement qui compte dans cette situation, le désert ayant ses propres règles qui ne sont pas celles d’un armement conventionnel. Il le fait avec des financements de quelques pays du Golfe, le soutien diplomatique des USA et l’assistance technique des Français et des Espagnols dont le seul objectif inavoué est de rompre l’équilibre militaire dans la région et amener l’Algérie à faire des concessions diplomatiques majeures. C’est d’ailleurs le moment qui a été choisi pour couvrir de doutes la défense aérienne algérienne, axe central de la stratégie de défense nationale en raison de l’immensité du territoire national, sur la simple foi des déclarations récurrentes d’un subalterne russe d’une entreprise de commerce extérieur. C’est aussi dans cette conjoncture que la question de l’Africom revient dans l’actualité de la région alors que tout le monde sait que les Usa, présents en Méditerranée, dans le sud de l’Italie et de l’Espagne, n’ont pas un besoin urgent de le faire. Les distances ne représentant plus un handicap pour eux en raison des progrès technologiques, ils mesurent surtout l’hostilité des opinions publiques du Maghreb qui ne sont pas très favorables à une présence militaire américaine. Dans la logique des choses et en raison de son statut d’allié traditionnel des Usa dans la région, le Maroc cherche à travers son offre sur l’Africom à renforcer ses capacités de négociation, son poids diplomatique et à consolider ses lobbies aux Usa pour s’en servir essentiellement dans le dossier sahraoui. Mais ce n’est pas non plus une aventure sans risques. A ce titre, il y a une vérité qu’il ne faut pas cesser de répéter et une contre-vérité qu’il ne faut se lasser de démentir : la première est que le conflit du Sahara a été le principal facteur de blocage de l’UMA. Rien de plus faux dans la mesure où les sommets de Zéralda en 1986 et l’acte fondateur de Marrakech en 1989 ont justement soutenu l’idée que la construction de l’UMA était de nature à favoriser le règlement de cette question. La preuve est que ces deux sommets se sont tenus alors que ce conflit persistait encore. La seconde, et elle a été bien commercialisée par le Maroc, est cette fiction de la recherche par l’Algérie d’un corridor vers l’Atlantique qui réduit l’injustice faite au peuple sahraoui à des considérations de commodités économiques. En réalité, l’UMA, portée par une sincère utopie révolutionnaire née à Tanger, il y a 50 ans, et réanimée par une rencontre d’arrière-pensées, il y a presque 20 ans, apparaît comme un syndicat de chefs d’Etat et de souverains. L’histoire contemporaine enseigne qu’on ne construit pas une organisation régionale uniquement sur des considérations de solidarité affective, ethnique ou linguistique. Ils représentent certes des facteurs de convergence, mais ne sont ni suffisants, ni exclusifs, ni propres à l’Afrique du Nord. C’est à ce titre que s’impose la nécessité d’intégrer les Etats subsahariens dans une démarche globale et solidaire et de dépasser le cadre étriqué de l’UMA car les enjeux régionaux ont changé de nature et d’objectifs. Les tensions armées ne sont plus statiques, elles se déplacent au gré des objectifs des animateurs de ces stratégies et des capacités de défense de chacun des Etats. Le Sahel n’existe pas comme une entité à part et n’a jamais existé en tant que telle, c’est une point de confluence dans lequel les frontières sont clairement délimitées et reconnues internationalement. Aujourd’hui, cette région devient, malheureusement, le maillon faible parce que pauvre, négligée par les pouvoirs centraux et livrée au tribalisme et la corruption, vieux démons de l’Afrique. Elle apparaît comme « une terre de personne », une zone franche de jonction du terrorisme international et du banditisme, un fusible pour des tensions lointaines en apparence, comme l’Afghanistan, l’Irak ou le Moyen-Orient, et devient une sorte de Liban en temps de crise régionale. Pour preuve, et ce n’est pas la plus significative, l’enlèvement des deux touristes autrichiens en Tunisie, le 22 février dernier, montre à quel point un fait isolé peut avoir des implications multilatérales et les tractations pour leur libération informent sur les imbrications dans nos frontières avec la Libye, le Mali et le Niger. Il faut être attentif à ce qui s’y passe car il y a des indices de transformation à fort potentiel de risques pour l’Algérie qui y perdrait plus que tout autre pays et plus que partout ailleurs parce que l’Afrique subsaharienne est notre profondeur naturelle et stratégique. Déstabiliser cette région, c’est viser l’Algérie avant tout en la coupant de sa population qui est sa première garantie de sa défense.
L’auteur est : Ancien ministre
Abdelaziz Rahabi
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