Actualités - Ecrit par admin le Samedi 5 juillet 2008 21:11 - 27 Commentaires

46e anniversaire d’une indépendance inachevée et….confisquée : illusions et résurrection.

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Par le Docteur Salah Eddine Sidhoum

Notre Algérie meurtrie commémore en ce 3 juillet 2008, le 46e anniversaire d’une indépendance chèrement acquise grâce au sacrifice de plus d’un million de ses enfants et rapidement confisquée par l’imposture « révolutionnaire » des planqués d’Oujda et Ghardimaou.
Cet anniversaire est une occasion pour nous de faire une halte et d’analyser avec calme et sérénité les causes et les conséquences de cette forfaiture « révolutionnaire » qui a confisqué les rêves d’une Nation et qui a amené le pays quelques décennies après à une véritable faillite sanglante.
Avant cela, nous tenons à nous incliner devant la mémoire de tous les martyrs de notre glorieuse guerre de libération et à exprimer notre plus profond respect aux véritables moudjahidines.
Pour l’observateur non averti, les racines apparentes du mal remonteraient aux lendemains de l’indépendance, quand des aventuriers politiques, appuyés sur une armée des frontières transformée en bras séculier de factieux, ont réalisé leur premier coup de force contre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, confisquant ainsi l’indépendance du pays et les libertés d’un peuple conquises au prix de lourds sacrifices. L’épuisement du peuple par une guerre de décolonisation des plus meurtrières et la compromission honteuse ainsi que la socialisation d’une partie des élites par le système corrompu et corrupteur ont grandement facilité la tâche de ce dernier pour asseoir son pouvoir.
Mais en réalité les racines profondes du mal remontent à la guerre de libération. Cette dernière fut marquée par de nombreuses dérives dont la plus grave fut l’odieux et lâche assassinat d’Abane Ramdane. Nous pouvons dire que l’ignorance et la perfidie ont eu raison ce jour-là de la lucidité et de la clairvoyance politiques. Et beaucoup considéreront cette date comme celle de l’entrée en vigueur du banditisme dans les mœurs politiques algériennes. N’est-ce pas le colonel Lotfi qui disait déjà en 1959 à Ferhat Abbas : « Notre Algérie va échouer entre les mains des colonels, autant dire des analphabètes. J’ai observé chez le plus grand nombre d’entre eux une tendance aux méthodes fascistes. Ils rêvent tous d’être des sultans, au pouvoir absolu. Derrière leurs querelles, j’aperçois un grave danger pour l’Algérie indépendante. Ils n’ont aucune notion de la démocratie, de la liberté, de l’égalité entre les citoyens. Ils conserveront du commandement qu’ils exercent le goût du pouvoir et de l’autoritarisme. Que deviendra l’Algérie entre leurs mains ? Notre peuple est menacé ».
L’autre dérive et qui coûtera chère à notre pays sera la création du pseudo-Etat-major des frontières. Nul n’ignore le rôle joué par ce que nous avons appelé les «imposteurs d”Oujda et de Ghardimaou » issus de cet « Etat-major » durant les dernières années de la guerre de libération nationale.
Alors que les maquisards de l’armée de libération nationale se faisaient griller au napalm, étaient écrasés par le rouleau compresseur des opérations «Jumelles », «Pierres précieuses », «Courroie » et autres, et étaient asphyxiés par les redoutables barrages électrifiés frontaliers dits «Morice » et «Challe », une poignée de prétentieux bravaches qui n’avait pas tiré une seule cartouche contre l’armée coloniale, se taillait dans les camps frontaliers d’Oujda et de Ghardimaou une véritable armée sur mesure, évaluée à la veille de l’indépendance à plusieurs milliers d’ hommes et plus connue sous le nom de «l’armée des frontières ».
L’acte désespéré du colonel Si Salah (Zamoum Mohamed), patriote et maquisard de la première heure, qui consistait à négocier avec le général De Gaulle l’arrêt des combats s’expliquait aisément par l’état d’isolement des maquisards, démoralisés non pas par les coups de boutoir de l’armée coloniale auxquels ils résistaient vaillamment et avec peu de moyens, mais surtout par les intrigues et l’impuissance de ceux qui étaient sensés les ravitailler de l’extérieur, plus préoccupés par le grenouillage politicien et la préparation de la prise du pouvoir que par le sort de leurs frères pourchassés dans les maquis.
Ce sont ces mêmes Tartarins des frontières qui tenteront de saborder les accords d’Evian qui mettaient fin aux souffrances du Peuple algérien et ouvraient les portes de l’Indépendance, en votant contre ces accords lors de la réunion du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA).
Il est important de souligner que les manœuvres de falsification de l’Histoire de la guerre de libération nationale par ces mêmes imposteurs n’ont pas permis aux algériens de lever complètement le voile sur de nombreuses zones d’ombre de cette période historique. Ces bravaches, à la conscience tourmentée ont essayé d’en mystifier une partie et d’en effacer l’autre partie.
Démystifier et dépoussiérer cette phase assez récente de notre passé devient une nécessité. Son analyse sans complaisance est fondamentale. Le moment semble venu où l’Histoire et la Morale doivent se réconcilier dans notre pays. Et le rôle des intellectuels probes est primordial pour permettre une lecture saine et sereine de cette phase historique avec ses heures de gloire et de fierté mais aussi ses heures sombres.
Les heures sombres de notre révolution outre les assassinats politiques dont nous avons parlé, furent marquées aussi par la lutte fratricide entre le FLN et le MNA, lutte qui a illustré de manière tragique la conception violente de la politique au sein du mouvement national. A cette époque déjà, les divergences politiques ne se réglaient pas pacifiquement et de manière démocratique mais par l’éradication de l’autre. A côté de cette violence physique, existait aussi une autre forme de violence, symbolique celle-là, qui servait de moyen d’élimination politique et le cas de Messali Hadj l’illustrait parfaitement. Ce père du mouvement national, quelque soient ses erreurs politiques et ses dérives autoritaires, ne méritait pas l’infamant titre de traître. Et nous voyons comme l’historiographie de l’époque, tout comme celle d’aujourd’hui, pouvait transformer un nationaliste en un renégat. L’inverse est tout aussi vrai.
Nous ne terminerons pas ce bref rappel historique sans parler du rôle des élites dans cette révolution. L’honnêteté intellectuelle nous pousse à dire que le rôle des hommes politiques et des intellectuels a été pratiquement nul, tant dans le déclenchement que dans le déroulement de la guerre de libération. Les rares hommes qui avaient une certaine culture politique disparaîtront précocement (Abane, Ben Mhidi..) ou seront emprisonnés (Aït Ahmed, Khider.). Parmi les intellectuels qui rejoindront leurs frères de combat dans les maquis, beaucoup mourront les armes à la main (Amara Rachid, Farès, Taleb, Benzerdjeb, Damerdji, Aït Idir….), d’autres seront égorgés par leurs propres frères (bleuite). Ceux qui prendront le train en marche seront réduits par les seigneurs de la guerre à de simples auxiliaires. Quant à la majorité, elle préférera suivre la guerre de loin, soit des….. frontières, pour les opportunistes, soit de Paris pour les poltrons. C’est cette majorité, postée au carrefour des vents, qui se mettra avec zèle, au lendemain de l’indépendance, au service de l’imposture au pouvoir. C’est, ce que nous avons appelé les trabendistes du savoir. Elle demeurera ainsi, aujourd’hui comme hier, fidèle à sa trahison historique !
Malgré ces dérives dont certaines très graves et ces insuffisances et grâce à la formidable mobilisation populaire, l’indépendance sera finalement arrachée mais pas pour longtemps. Pas même le temps d’un été. Les planqués d’Oujda et de Ghardimaou lanceront durant l’été 62 «l’armée des frontières » contre les maquisards survivants de la guerre de libération, et provoqueront les premiers affrontements fratricides qu’aura connu l’Algérie indépendante (près de 2000 morts). C’était le premier coup d’Etat contre le gouvernement provisoire de la République algérienne. L’imposture « révolutionnaire » venait d’avoir raison de la légitimité historique. Un complément de coup d’Etat en juin 65 venait consacrer définitivement cette imposture.
Le colonel Boukharouba et son diwan très restreint du conseil dit «de la Révolution » deviendront les tuteurs de ce peuple considéré comme mineur et immature, un peuple pourtant sorti victorieux d’une des guerres de décolonisation des plus implacables. Et c’est ainsi qu’au nom de la «légitimité historique » et des «martyrs » les citoyens devront se taire. Les récalcitrants seront - toujours au nom de la «révolution » et des «martyrs » - privés de leurs libertés, torturés et/ou assassinés par la tristement célèbre police politique, plus connue sous le nom de Sécurité militaire. Et c’est au nom de l’Islam qu’on nous fera admettre le fumeux socialisme spécifique et les avatars de la révolution agraire. Islam et nationalisme se transformeront en instruments de légitimation d’un pouvoir acquis par les armes.
Ce diwan restreint de colonels décidera de l’avenir politique et économique de la Nation. L’Algérie deviendra un large champ d’expérimentation de toutes les théories fumeuses, tant politiques qu’économiques. Ce que les citoyennes et citoyens lucides voyaient déjà comme une dérive qui se dessinait lentement mais sûrement à cette époque «d’euphorie révolutionnaire », était considérée par la faune d’opportunistes et d’aventuriers qui s’étaient accaparés des commandes du pouvoir comme étant la «grandiose Révolution socialiste triomphante ». Et ceux qui osaient dénoncer cette aventure qui mettait tout un peuple sur la touche et les fondements de la Nation en danger, étaient taxés de «réactionnaires » et de «contre-révolutionnaires ». On importait de la quincaillerie et de la ferraille clés en main et on nous parlait de «révolution industrielle ». On assassinait l’agriculture et on nous parlait de «révolution agraire ». On démobilisait les travailleurs et on nous parlait de «masses laborieuses ». Des centaines d’unités de production, minées par la gabegie et la désillusion des ouvriers, plongeaient dans les abysses de la faillite et voilà que des membres du diwan distribuaient des «bénéfices » aux travailleurs sous les caméras de l’organe télévisuel de propagande ! C’était «l’Algérie des miracles » et «l’âge d’or» de l’imposture. Les zélés et autres thuriféraires jouisseurs du système parlaient alors d’«acquis de la révolution ». Et trente années plus tard, les «miracles » de l’Algérie socialiste s’avéreront être des mirages. C’était le temps de la fausse fierté dans l’irresponsabilité.
Grâce à la distribution généreuse et à la dilapidation de la rente pétrolière, on faisait croire aux autochtones et au monde que l’Algérie se développait et avançait. On construisait certes, usines, écoles et routes mais on détruisait en même temps l’homme, le citoyen. On faisait de lui un assisté. Et c’est dans cette incommensurable incurie que commencèrent à s’amasser les premières fortunes, dès la fin des années 60, grâce aux détournements des deniers publics.
Tout observateur politique honnête se rendra compte quelques années après la libération du pays, que les mêmes pratiques politiques coloniales avaient été reconduites par ceux qui se sont accaparés du pouvoir. Nous pouvons dire et sans hésiter que l’indépendance chèrement acquise et tant attendue par un peuple assoiffé de liberté et de justice s’était transformée malheureusement en une simple algérianisation de la politique coloniale de la part des gouvernants autochtones. Il n’y a pas eu de libération autre que territoriale car il n’y a jamais eu de rupture réelle avec le modèle imposé par la colonisation. L’indépendance a été la continuation de la colonisation par les mêmes moyens et des hommes différents.
Aventuriers des frontières, bravaches du 19 mars 1962, anciens collaborateurs de la France coloniale «repentis », opportunistes de tous bords, mais aussi et malheureusement certains chefaillons de maquis (qui avaient bradé honneur et dignité pour un bar, une licence dite d’importation ou une poignée de dinars) se donnaient la main, pour se partager l’Algérie indépendante, considérée comme un butin de guerre. C’est cette minorité de l’avoir et du pouvoir qui prenait en otage toute une nation. Cette minorité s’est au fil des années structurée avec de solides ramifications à l’extérieur. Elle réalisera ce qu’on appelle aujourd’hui l’oligarchie militaro-financière dont la colonne vertébrale est la sinistre police politique. Cette oligarchie n’hésitera pas à déclencher une guerre contre une partie de son peuple pour sauver ses privilèges.

Quelle alternative et que faire ?

La situation est alarmante, n’en déplaise aux thuriféraires de cette kleptocratie criminelle. L’effondrement des valeurs morales, la décomposition sociale, la structuration mafieuse, la déliquescence du système politique faisant fonction d’Etat, la corruption généralisée, le délabrement économique, la guerre meurtrière qui perdure, le discrédit de la classe dite politique et la couardise de la classe dite intellectuelle ne poussent certainement pas à l’optimisme.
Certains de nos compatriotes, fatalistes, nous diront certainement que ce tableau peu réconfortant de la situation et cette gangrène avancée rendent fort aléatoire tout effort prospectif, tout espoir d’éveil des consciences et d’alternative démocratique. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas entreprendre ? « Les seuls combats qu’on risque de perdre sont ceux qu’on n’ose pas engager » disait un intellectuel et homme d’Etat tchèque.
Nous sommes de ceux qui pensent que même si l’Algérie a atteint les bas-fonds de l’horreur et de la misère morale et physique, rien n’est totalement perdu tant qu’il existe encore des femmes et des hommes dignes. Et Dieu merci, il y en a encore. Il n’est de richesses que d’Hommes !
Des exemples éloquents de par le monde de pays détruits par la bêtise humaine et reconstruits grâce à la volonté de leurs enfants dignes et honnêtes, existent. Mais faudra-t-il pour autant une prise de conscience sincère de la véritable élite nationale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays afin d’insuffler une dynamique saine qui soit capable de mobiliser la population et de bousculer le désordre établi.
Nous sommes de ceux qui pensent aussi que les Droits ne s’octroient pas ni s’arrachent. Ils ne sont que le corollaire du Devoir et donc se méritent. Lorsque les politiques et les intellectuels dignes, se comporteront en éclaireurs avancés de la Nation dans les ténèbres de la tragédie que nous vivons et se hisseront, au prix des sacrifices exigés, au niveau des espérances et des attentes de notre peuple meurtri par trente années de mépris et une décennie de manipulations sanglantes et criminelles, ce jour-là alors, nous oserions espérer changer sérieusement les choses.
Une minuscule lueur dans ces ténèbres mais qui ne trompe pas : à un moment où l’oligarchie dans sa fuite en avant et son aveuglement, perd sa raison, les femmes et hommes dignes de notre patrie retrouvent - lentement mais sûrement - mémoire et courage, après des années de terreur et d’avilissement.
Une maturation lente mais certaine s’opère au sein de la population. Les algériennes et algériens ne sont pas dupes. Ils ne croient ni aux supercheries des «gouvernants » ni aux discours creux et stériles d’une certaine «classe » politique compromise et démonétisée. Ils savent discerner les véritables hommes politiques des pantins et troubadours de la «boulitique ». Nous restons persuadés qu’ils sauront, demain, se mobiliser lorsqu’ils auront à leur tête ou à leurs côtés une véritable élite digne et sincère, tant intellectuelle pour les guider que politique pour les gouverner. Ils l’ont déjà démontré à chaque fois que les conditions s’offraient à eux. Nous restons persuadés que la longue et douloureuse marche depuis 1962, des algériennes et algériens vers l’autodétermination ne sera pas vaine, et que tôt ou tard, les chaînes de l’oppression se briseront et qu’après la longue nuit d’injustice et de hogra, le jour se lèvera.
Nous appartenons à ces intellectuels et politiques dignes qui refusent les fausses solutions et encore moins, les honteuses compromissions. Devant la gravité de la situation, nous devons faire preuve de pédagogie et d’honnêteté envers notre peuple, longtemps trompé et considéré par les troubadours de la «boulitique» comme un bendir qu’il fallait chauffer pour se servir de lui. Sans concessions ni complaisance, nous devons poser les véritables problèmes de fond et proposer des solutions réalistes d’une authentique sortie de crise.
Nous demeurons convaincus que la solution à la crise nationale se trouve en Algérie, entre les mains des algériennes et algériens qui se battent pour une Algérie de toutes et de tous, une Algérie de Droit, de dignité et de libertés démocratiques. Nous ne devons compter que sur nos capacités et nos propres forces. Et elles sont grandes si nous en prenons conscience.
Nous devrons imposer, tous ensemble une paix véritable, celle des coeurs et des esprits. Cette réelle paix ne retrouvera sa place dans le pays que si la politique, la véritable politique, au sens noble du terme, avec son éthique et sa morale, sera restituée à la Nation, pour lui permettre de régler pacifiquement les conflits qui se posent à elle, sans recours à la violence.
Tout comme nous devons réfléchir aux meilleurs mécanismes politiques pour permettre l’autodétermination des citoyennes et citoyens et pour que toutes et tous, soient maîtres de leur destin. L’Algérie meurtrie n’a besoin ni d’un zaïm, ni d’un «Mehdi » ni d’un «homme providentiel », mais seulement de tous ses enfants libres et sincères, pour mettre un terme à cette tragédie programmée. Elle en a les moyens pour peu que tous prennent, encore une fois, leurs responsabilités.
Notre action ne devra pas cependant se limiter à des discours et à des pétitions. « Les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes » disait un sociologue. Il nous faudra donc unir l’acte à la parole.
Il est de notre devoir donc d’appeler de manière pressante à la mobilisation et au rassemblement de toutes les potentialités intellectuelles et politiques dignes et sincères afin d’aller vers un COMPROMIS HISTORIQUE qui nous permettra d’insuffler une dynamique populaire en vue d’un changement radical et pacifique de système.
Ce qui reste comme partis politiques autonomes, les personnalités politiques et intellectuelles intègres doivent sortir des sentiers de la passivité, de l’incantation creuse et de l’indétermination. La politique de division des diverses forces de la société a certes produit ses effets en atomisant toutes les potentialités. Nous nous sommes tous, à un moment ou un autre, trompés de cible. Nous devons sortir de nos querelles byzantines et de chapelle, nous libérer de nos complexes intellectualistes de colonisés et nous adapter aux véritables réalités nationales. Nous devons maintenant tous, reconnaître nos erreurs et prendre nos responsabilités devant notre peuple, quels qu’en soient les sacrifices pour sortir l’Algérie de cette tragédie et libérer la société de ses imposteurs et de ses aventuriers.
Ceux qui dirigent l’Algérie en sous-main doivent comprendre que les algériennes et algériens dignes ont compris les véritables enjeux politiques et que leur silence n’est point ignorance des réalités ou soumission mais que souverain mépris. Vous avez et sans succès, usé et abusé de tous les stratagèmes. Vous avez transformé en moins de 40 ans ce pays aux potentialités humaines énormes et aux richesses incommensurables en un vaste douar de misère et de désespoir et placé près de la moitié de la population en situation de survie. Vous avez même réussi la prouesse d’hypothéquer l’avenir d’algériens qui ne sont pas encore nés. Vous avez déclenché l’un des conflits internes des plus meurtriers de cette fin de siècle. Vous avez sacrifié des figures illustres qui ont façonné l’histoire de notre pays et déterré des cadavres politiques, pour tenter de sauver vos privilèges. Mais en vain !
Repentez-vous, du moins pour ceux d’entre vous qui ont encore une conscience et les mains non souillées du sang des enfants de leur peuple. Le tribunal de l’Histoire a irrémédiablement et sévèrement condamné votre système. Dans votre entêtement et votre attachement névrotique au pouvoir, vous courez non seulement à votre perte mais à celle de toute la Nation. Oubliez un instant vos containers sur les ports et vos comptes Outre-Méditerranée. Regardez la réalité en face et soyez un moment lucides, le temps d’une courte réflexion. Revisitez l’Histoire. Que sont devenus tous les régimes qui ont fondé leur pouvoir sur l’injustice et le mépris de leurs peuples ? Que sont devenues toutes les dictatures sud-américaines ? Qu’est devenu l’empire totalitaire soviétique, la monarchie iranienne, la dictature chilienne ? Que sont devenus les Bokassa, Mobutu, Mengistu, Vidéla, Duvallier, Papadopoulos, Rédha Pahlavi, Ceauscescu, Pinochet, Salazar, Caetano, Stroessner, Marcos, Suharto, Ould Tayaa et autres despotes qui avaient terrorisé leurs peuples ? N’avaient-ils pas eux aussi la force des armes et de l’argent ? Et pour certains l’intelligence en plus ? Aviez-vous songé un seul moment au sort que leur a réservé l’Histoire ?
Votre régime est appelé à disparaître. Il durera peut-être encore quelque temps, le temps pour vous de ruminer les illusions de pérennité de votre pouvoir éphémère mais aussi et surtout le temps de comptabiliser vos crimes et méfaits contre votre propre peuple, avant de répondre tôt ou tard de vos actes, car « il ne suffit pas de prendre un fusil pour devenir le maître légitime d’un pays ».
L’Algérie n’est ni mieux lotie ni moins lotie que d’autres pays qui ont traversé des crises aussi graves que la nôtre et connu des régimes totalitaires. Le plus récent exemple est celui de nos frères mauritaniens où les élites militaires et civiles, intellectuelles et politiques nous ont donné une leçon de sagesse et de réalisme politiques.
Avec un peu plus d’exigence morale et intellectuelle et beaucoup de courage politique, faisons, de par notre engagement honnête et sincère auprès de notre peuple meurtri et notre action pour un changement radical et pacifique que cette tragédie se transforme en une véritable résurrection et que la mémoire des victimes innocentes de ce drame ne soit pas trahie, comme l’a été celle des martyrs de la guerre de libération nationale par ceux qui ont confisqué l’indépendance et fait plonger l’Algérie dans ce brasier d’enfer.
Que le 3 juillet 2009 soit celui de la libération du peuple Algérien de cette néo-colonisation, du changement pacifique de système et de l’instauration de l’Etat Algérien souverain, démocratique et social, dans le cadre de nos valeurs civilisationnelles tel que proclamé par les Hommes Libres du 1er novembre 54. Amine !

Salah-Eddine SIDHOUM.
Alger le 03 juillet 2008

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