ZOOM - Ecrit par admin le Lundi 30 juin 2008 23:58 - 28 Commentaires

Une vision apaisée…

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Par le Docteur Salah Eddine Sidhoum.

Au cher frère signant sous le pseudonyme K. Abenceraj,
Toutes mes excuses pour ce retard à vous répondre, retard qui est indépendant de ma volonté.
Je voudrais, avant tout remercier tous les compatriotes qui ont participé au débat franc et serein suite à la publication de mon article, malgré la misérable et vaine tentative de parasitage de ce débat.
Je souscris totalement aux réponses que vous a donné notre frère Benchenouf.
Dans le cas Benhadj, il ne s’agit pas d’avoir de la sympathie ou de l’antipathie pour lui, encore moins de culte de la personnalité, mais de faire respecter sa dignité, bafouée depuis son arrestation arbitraire en juin 91. Il s’agit d’un citoyen algérien libre. Et c’est notre devoir de défendre la dignité de chaque algérien quelque soit sa coloration politique ou sa chapelle idéologique. Demain, lorsque les Algériens libres se débarrasseront de ce régime criminel et corrompu, nous lutterons pour que tous les criminels qui ont fait couler le sang des Algériens innocents, qu’il s’agisse des sous-officiers « déserteurs » de l’armée coloniale ou des pseudo-émirs trabendistes, aient des procès où prime l’esprit de Justice et non l’esprit de vengeance, dans le strict respect de leur dignité. Nous n’accepterons jamais qu’ils subissent le sort qu’ils ont fait subir à des dizaines de milliers d’Algériens. C’est notre conception des droits de l’Homme dans le cadre de nos Valeurs.
Quant à sa réaction lors de l’audience, je crois que j’ai été très clair et que nous sommes tous deux sur la même longueur d’ondes. Il y a des principes à respecter qu’on soit dans un pays démocratique ou un régime dictatorial.
Sur le plan politique, je crois que le titre de mon modeste article « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités » (citation d’un Homme d’Etat) est assez clair. Nous sommes en Algérie et il y a des réalités qu’il ne faudrait pas occulter, vous, cher frère qui parlez de cécité. Il y a une minorité d’ « intellectuels » et de « politiques » qui semble déconnectée des réalités et semble vivre dans une Algérie virtuelle, prenant ses souhaits (pour ne pas dire ses fantasmes) pour des réalités. La réalité en Algérie est qu’il y a trois courants politiques : nationaliste, islamiste et social-démocrate que les élections de décembre 91 (les moins truquées de l’Algérie indépendante) ont mis en exergue. Sur les 60 hizbs procréés durant la supercherie démocratique, la volonté populaire a permis une décantation en ne gardant comme principales forces que les trois fronts représentant les courants cités plus haut. C’était les premiers pas de notre démocratie balbutiante. Il y avait aussi une Constitution (la moins mauvaise depuis l’indépendance) avec ses garde-fous qui donnait au président-colonel de l’époque toutes les prérogatives pour intervenir, en cas de viol de la loi fondamentale. Cela aussi était une réalité.
Mais l’oligarchie militaro-financière qui est le pouvoir réel en Algérie, au vu de cette sanction populaire, s’est affolé et a pris peur de perdre tous ses privilèges mal acquis. Et elle a mis en marche sa politique virtuelle O combien criminelle. Elle a fait croire au « ghachi » que nous sommes, qu’il fallait sauver la démocratie (qui n’a jamais existé) en utilisant les chars pour renverser les urnes. Elle a fait croire à nos khobzistes qu’elle voulait sauver l’Algérie de la barbarie, alors qu’il s’agissait de sauver ses privilèges mal acquis. Et ce « salut » a coûté au pays 250 000 morts, près de 10 000 disparus, près de 50 000 torturés, des massacres horribles de la population, le viol de milliers de nos concitoyennes et l’exil de plus de 500 000 algériens. Ce « salut » a permis à l’oligarchie de s’enrichir à l’ombre de la guerre et à détourner des milliards, transférés en Europe. Cela aussi est une triste réalité de leur politique virtuelle.
Toujours en abondant dans le sens de la politique virtuelle de l’oligarchie, on aura assisté à la destruction de la véritable classe politique secrétée par la société, pour laisser place à une « classe politique » EXCRETEE par les officines.
Le FIS fut piégé par la violence du régime qui l’entraina dans une contre-violence réactionnelle avec les résultats que l’on connait tous. Une décision administrative le rayera de la carte officielle mais point de la société.
Le FLN rénové qui avait pris ses distances vis-à-vis du régime grâce à la courageuse et clairvoyante politique d’Abdelhamid Mehri fut brisé. Un « complot scientifique » commandité par les « services » et exécuté par d’intrigants ignares avait permis le retour au bercail de ce parti et sa totale stérilisation.
Le FFS, seul parti indépendant restant n’a cessé d’être l’objet de complots. Les « services » profitant de certains dysfonctionnements internes a failli le faire imploser il y a quelques mois.
Que reste-t-il de la véritable classe politique sécrétée par la société ? Pratiquement rien !
Que reste-il sur le terrain ? Des « partis » de substitution, sans ancrage populaire réel. Des quotas décidés dans les laboratoires leur sont attribués à chaque « carnaval fi dechra » selon les équilibres internes du moment. De faux islamistes, de faux nationalistes nés avec des moustaches et de faux démocrates atteints de schizophrénie politique, qui se prenaient pour la majorité. Une minorité voulant exclure la majorité !!! Une société servile en lieu et place de la société civile. Des institutions factices et décoratives aux ordres de l’oligarchie. Voilà une autre réalité de l’Algérie….virtuelle.
Pour ce qui est du FIS, je crois qu’il avait raté une occasion en or de venir à bout de ce système corrompu s’il avait tendu la main aux autres forces politiques du courant nationaliste et du courant social-démocrate, autour d’un compromis politique démocratique respecté par tous. Hélas ses dirigeants n’avaient pas cette vision et cette lucidité politiques et n’étaient pas à la hauteur des aspirations de millions d’Algériens. Ils étaient impressionnés par le nombre et ne se souciaient guère de la stratégie politique. C’est cette faiblesse criarde qui a permis leur infiltration jusqu’à leur madjlis Echouri et à l’action psychologique de jouer son rôle d’intoxication de la classe moyenne frileuse qui fut terrorisée par certaines actions inconscientes de militants du FIS que les « services » amplifiaient à dessein. Quel gâchis !
Que de fautes et d’erreurs commises ! C’est pour cela que j’insiste sur cette MOUSSARAHA et cette autocritique de TOUS pour tirer les leçons de notre drame et jeter les bases d’une véritable réconciliation et d’une dynamique populaire saine en vue d’un changement pacifique et radical. Une Algérie fraternelle où toutes les Algériennes et tous les Algériens, sans exclusion aucune, auront leur place et profiteront de manière équitable des richesses du pays.
Merci encore au frère KA d’avoir soulevé ces questions, auxquelles j’ai essayé de répondre, en souhaitant la poursuite d’un débat franc et serein.
Fraternelles et respectueuses salutations.

Salah-Eddine Sidhoum.
Alger


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