Actualités - Ecrit par admin le Jeudi 19 juin 2008 15:54 - 1 Commentaire

Grèves, émeutes et contestation en Tunisie

France culture
Terrible boomerang de la jeunesse du Maghreb aux régimes des trois paysBenjamin Stora
19 juin 2008
Par Benjamin STORA*

Retranscription intégrale de la chronique hebdomadaire de Benjamin Stora sur France Culture :

Caroline Brouet : Il est 11.52 sur France Culture, c’est l’heure de retrouver la chronique de Benjamin Stora, bonjour Benjamin.

Benjamin Stora : Bonjour Caroline

CB : Ce matin, les émeutes dans le sud tunisien.

BS : Oui depuis le mois de janvier, la région de Gafsa dans le sud de la Tunisie est le théâtre d’une grève générale comme jamais le pays n’en a connue depuis le début des années 80. Le bassin minier est paralysé et le mouvement a gagné peu à peu tout le sud du pays. Ce mouvement de contestation n’a rien de nouveau à Gafsa dans une région minière délaissée par le pouvoir et qui fait face à un taux de chômage supérieur à 30%. La contestation dure depuis plusieurs mois. Les premières manifestations ont été déclenchées le 5 janvier à Rédéyef dans une petite ville de 30.000 habitants environ par la manipulation d’un concours de recrutement à la Compagnie des Phosphates de Gafsa, le principal employeur de la région. Le mouvement s’est ensuite étendu dans tout le sud-ouest de la Tunisie à mesure que la crise alimentaire mondiale produisait ses effets et rendait le recours au marché noir indispensable à la survie des habitants. Encerclés par les forces de l’ordre tunisiennes, la population de cette ville de Rédéyef, à la pointe de la contestation a tenté début juin de quitter la ville pour la laisser aux policiers. Cette action répondait à la mort d’un jeune chômeur électrocuté à l’intérieur d’un local de générateurs électriques, suite à une intervention brutale de forces de l’ordre. Les animateurs des piquets de grève ont finalement réussit à dissuader les centaines de personnes qui se préparaient à quitter leurs foyers car il s’agissait pour elles de continuer à combattre sur place jusqu’à ce que le vendredi 6 juin, les forces de l’ordre entrent dans la ville et tirent sur la foule à balles réelles tuant un jeune manifestant et pillant les habitations selon de nombreux témoignages.
Ces faits n’ont pas entraîné de protestations de la communauté internationale et les médias français sont pour l’instant très silencieux sur ces événements depuis plusieurs jours. Rappelons que la France a paraphé au cours de la dernière visite du Président de la République un accord de partenariat dans le nucléaire civil avec la Tunisie, l’accord de coopération nucléaire ouvre la voie à terme à la fourniture d’une centrale atomique à ce pays. La présidence française a aussi annoncé un accord de principe sur la vente par Airbus de 16 A320 et A350 à Tunis Air pour 1 milliard € et la signature prochaine par Alstom d’un contrat de 360 millions € pour la construction d’une centrale thermique. L’élément nouveau dans la situation actuelle vient du faite que l’on trouve pour la première fois trace de la contestation dans la presse tunisienne pourtant
sévèrement contrôlée. Ainsi dans l’hebdomadaire AL Maoukif du 6 juin 2008, on peut lire les lignes suivantes dans l’éditorial, je cite :” Notre pays a rarement connu une situation sociale comme celle qui dure depuis le début de l’année en cours, on peut même dire que la vague des protestations qui se sont élevées ici et là a atteint des sommets dans le bassin minier sur fond d’aggravation du problème du chômage et ceci prends des dimensions encore plus dramatiques dans les régions de l’intérieur qui n’offrent aucune perspective d’emploi en raison d’un faible niveau d’investissements et du sous-développement, mais il y a plus grave, le choix de l’option sécuritaire dans la gestion des épisodes les plus brûlants de ce feuilleton qui se déroule dans le bassin minier cela renvoie au faite que le gouvernement n’a pas de solution à proposer. Tant que le gouvernement n’empruntera pas la voie du dialogue avec la jeunesse et avec toutes les catégories qui ont le sentiment d’une injustice, il sera difficile de débloquer la situation et ceux qui détiennent le pouvoir de décision assumeront la responsabilité d’un surcroît de tension, [c’est ce qu’on peut lire dans la presse en Tunisie] et dans un autre journal le As Sabah du 10 juin je cite : ” Personne en Tunisie ne peut se sentir rassuré d’entendre siffler les balles ni de voir des cocktails molotov car il n’y a dans cette image ni gagnant ni perdant, il y a juste une Tunisie inhabituelle qui doit de toute urgence se poser des questions à l’abri de toutes surenchères et discuter franchement de tous les problèmes” [fin de citation]. C’est un ton nouveau incontestablement de cette presse tunisienne encore une fois pourtant sévèrement contrôlée. A un an de l’élection présidentielle, la marge de manœuvre du gouvernement tunisien demeure en effet très faible avec une industrie du tourisme qui ne tire plus la croissance de l’économie et la hausse des matières premières, ce pouvoir a bien du mal à éviter de nouveaux mouvements sociaux d’ampleur comme dans la région de Gafsa et comme on en connaît donc depuis le début de l’année. Les émeutes de la jeunesse on le sait, je l’avais déjà signalé dans ma chronique se sont également produites en Algérie à Oran mais également au Maroc à Sidi Ifni. Pour le quotidien Algérien El Watan “la rue gronde au Maghreb, alors que le vent des émeutes [je cite toujours] vient tout juste de se calmer. Dans plusieurs régions des échauffourées ont éclaté au Maroc et en Tunisie, les étincelles en provenance de nos voisins de l’Est et de l’Ouest sont à prendre au sérieux, tant elles dénotent un malaise social et un désenchantement populaire que les autorités des deux pays ne peuvent cacher dans le brouillard des bombes lacrymogènes qui enveloppe depuis samedi donc les villes de Sidi Ifni au Maroc et de Rédéyef en Tunisie [fin de citation du Journal algérien El Watan]. Au moment où l’on parle énormément beaucoup du projet d’Union pour la Méditerranée qui pourrait dynamiser, pourquoi pas, une unité politique maghrébine qui fait défaut et pouvoir dynamiser les économies des trois pays, on assiste à la naissance d’un rassemblement maghrébin de la colère. Ce terrible boomerang de la jeunesse du Maghreb aux régimes des trois pays doit faire réfléchir les initiateurs de ce projet méditerranéen.

CB : Benjamin Stora merci et à la semaine prochaine

* Professeur d’histoire du Maghreb à l’INALCO


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elbordjiReply to this comment
juin 23, 2008 18:56

Gustave le Bon a si bien dit dans son livre qui a pour titre, hier et demain, je cite : « Un dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables. » Je conseille à Benali et à ses sbires de méditer ces sages paroles qui méritent d’être écrites en lettres d’or sur les frontons de toutes las Présidences des pays du tiers monde. En intervenant dans ce forum, je n’ai nullement l(‘intention de donner une quelconque leçon à quiconque et encore moins de haranguer le peuple tunisien pour le pousser dans la gueule du loup, mais j’ai pris la liberté de leur exprimer ma compassion en ces moments difficiles que traverse leur pays pris en otage par des tyrans qui n’ont aucune morale et qui sont capables de marcher sur les cadavres de tous les tunisiens pourvu qu’on ne leur arrache pas le pouvoir de gouverner et d’asservir un peuple épris de justice qui n’aspire qu’à vivre dignement dans le pays de se ancêtres que des mains criminelles ont pris la liberté de squatter pour en faire un héritage inexpugnable. Ces dictateurs ont pris le méticuleux soin de s’entourer de fidèles thuriféraires prêts à vendre père et mère pour vivre en serviteurs zélés toujours disposés à servir leur maitre absolu à qui ils vouent une obéissance aveugle et pour lequel ils sont prêts à se sacrifier. J’appelle cette façon de servir un fanatisme aveugle. Permettez de citer le grand Historien BEN KHALDOUN qui a dit, je cite : « Dans la nature innée des hommes se trouve le penchant vers la tyrannie et l’oppression mutuelle. » Sans commentaires !
Il fallait bien s’y attendre qu’un jour ou l’autre le peuple tunisien laisse éclater sa colère contre la dictature du « Staline tunisien », le tristement célèbre président tunisien Benali qui, malgré tous ses stratagèmes, il ne peut étouffer indéfiniment un sentiment de révolte qui couve depuis qu’il a pris le pouvoir en usant de la ruse. Les dernières vagues de protestation populaire ont fini par trahir ceux qui prétendaient qu’en Tunisie, tout allait bien et que le peuple vivait en parfaite harmonie et en totale entente avec le pouvoir en place. Erreur, car voici que des faits concrets viennent de démontrer le contraire de la paix de façade que le pouvoir ne cessait de miroiter face à l’opinion internationale qui vient de découvrir une triste réalité de protestation populaire qu’il est aujourd’hui impossible d’occulter à moins d’être aveugle ou complice de la tragédie cauchemardesque qui est vécue par le peuple tunisien frère. Ces sempiternelles vagues de protestation ne sont que le résultat , pardon, elles ne sont que le reflet d’une paix magistralement maquillé pour leurrer l’opinion publique internationale qui est toujours restée de marbre face au drame que le peuple tunisien était en train de vivre au cours de ces derniers mois. Se révolter pour dénoncer la Hogra et l’injustice est un acte louable et je ne peux qu’y applaudir en souhaitant vivement au peuple frère tunisien de se libérer des serres de la bête immonde qui l’étreint tel un l’étau. Ce pouvoir stalinien qui tenait le peuple en laisse en lui refusant la moindre contestation pour se rebeller contre le joug qui le terrassait et qui ne lui permettait même pas de dire aïe. Le silence complice de la communauté internationale jadis prompte à réagir au moindre bruit de bottes dans les pays du tiers monde n’est rien d’autre qu’un acte de connivence tacite et un silence calculé pour laisser le temps nécessaire au régime de faire le ménage et de casser de l’arabe avant de faire semblant de réagir lorsque le mal sera fait. Depuis 1980, le peuple tunisien a accepté d’être muselé et tenu d’une main de fer par un régime dictatorial sanguinaire qui ne recule devant rien pour continuer à asseoir son hégémonie sur un peuple de nature docile qui n’arrive plus à contenir sa vive colère longtemps maitrisée pour ne pas en découdre avec ses dirigeants assoiffés de pouvoir. L’ire du peuple ayant atteint son paroxysme a fini bien par éclater et bonjour les dégâts. Le combat mené par les frères tunisiens épris de justice est certes inégal mais l’histoire a toujours montré que les révolutions commencent par une poignée d’hommes et de femmes pour finir par être adoptées par toute les âmes éprises de justice qui aspire à vivre librement. La fierté infrangible du peuple frère a donc fini par vaincre le sentiment de peur qui le maintenait prisonnier d’une cellule sans murs d’enceintes et dont les limites sont les frontières du territoire tunisien. En un mot, quoi que l’on puisse dire, la Tunisie est une grande prison aussi vaste que l’étendue de son territoire. Le peuple frère de Tunisie mérite mieux qu’un dictateur assoiffé de pouvoir qui n’est pas prêt de laisser place nette et de prendre ses jambes à son coup pour aller se réfugier dans un pays étranger où il aura pris le méticuleux soin de se construire une retraite dorée à l’abri de la justice du peuple qui ne peut, hélas, l’atteindre pour lui demander les comptes mais surtout pour lui infliger le juste châtiment exemplaire réservé aux dictateurs de sa trempe, des tyrans qui ont marqué l’histoire de leur ignominieuse empreinte indélébile. Asservir tout un peuple et œuvrer inlassablement à le maintenir docile tout en œuvrant à sa domestication par la force risque toujours de générer des résultats contraires à ceux escomptés. Benali est un dictateur à la solde de l’occident et le peuple tunisien frère l’a compris. Le réveil brutal d’un peuple soumis par la force risque toujours de se transformer en cyclone dévastateur capable de balayer des montagnes sur son passage. Le peuple tunisien de nature pacifique, il faut le reconnaître a beaucoup souffert et il mérite d’avoir à la tête de son cher pays des dirigeants plus cléments, des dirigeants qui lui soient plus proches et qui accepteraient de partager ses peines et ses joies et non pas des éradicateurs sans foi ni loi. Pour finir, je le fais en paraphrasant le Marquis de Sade qui dit, je cite : « La soumission du peuple n’est jamais due qu’à la violence et à l’étendue des supplices. » et Montesquieu qui a écrit : « Comme il faut de la vertu dans une république et dans une monarchie de l’honneur, il faut de la crainte dans un gouvernement despotique : pour la vertu, elle n’y est point nécessaire, et l’honneur y serait dangereux. » A bon entendeur, salut, Benali et gare parce qu’il péril en la demeure ! Au feu ! Au feu !

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